Le doute

moi je – moi je sais

tu cites

des paroles énoncées pleines de certitudes établies

des faits avérés selon des théories approuvées

tu ajoutes

des preuves publiées dans des recherches renommées par des auteurs hautement reconnus

lui se tait – un peu à l’écart – il n’intervient pas, ne s’oppose point, il attend mais il écoute

car lui pousse dans le terreau des évidences bornées – terre plate et soufflée – ce lombric indolore s’introduit en silence au détour d’une question, à l’aube d’une hésitation

il pénètre

le parterre des vérités

pour faire craqueler le sol

lui, tu le connais, cet insecte carnassier des plates-bandes trop bien alignées qui ne sort que pour introduire un début de contre-vérité

Fureur fugace

Il ouvre la porte. Les yeux écarquillés. L’air hagard. Il me regarde. Il ne parle pas pendant un long instant. Et puis il explose littéralement !

Le bouillonnement intérieur incontrôlé atteint sa bouche. Au-delà d’une colère raisonnable, les mots crépitent. Paroles saccadées et propos dilués. Ces yeux cherchent une approbation ou une sortie. Dans un trop plein de sentiment il s’assied. Il est dépassé par les mots, les sons et le sens de ces propres actes. Il se trouve au centre d’une puissance chaotique. Un glissement de terrain.

Jaune foncée. Visqueuse. Épaisse. La fureur se crache. Elle est volcanique et explosive. C’est une éruption destructrice !

Tout s’estompe dans une étrange fulgurance. Seul reste les hiks d’un pauvre hoquet. Une fois la fureur partie et les fumées dissipées on ne voit plus de trace apparente de la tempête récente. Tout est couvert de cendre – dessous la terre est calcinée. Cimetière funeste. Le corps et l’esprit sont en misère.

Je suis toujours debout et lui me demande déjà pardon.